Nathalie Leguem : avoir les mains dans le moteur pour de vrai

Je suis d’une génération où on allait parfois vers la mécanique par défaut. Aujourd’hui, c’est un vrai choix.

Elle ne connaissait rien à la mécanique lorsqu’à 50 ans, Nathalie Leguem décide de quitter un poste de contrôleuse de gestion dans un grand groupe pour se consacrer à la rénovation de voitures anciennes et lancer son activité. Bienvenue dans les locaux de Classic Car Spirit, à Montigny-lès-Cormeilles, dans le Val-dOise

Un jour, j’ai eu envie de changement, de remettre de l’humain dans ma vie professionnelle.”

Nathalie, spécialisée dans la restauration de MG, d’Austin Mini et de Triumph, nous reçoit dans son atelier de 400 m2 entourée de son équipe de deux personnes. 

La voyant s’émouvoir au son d’un moteur, on imagine que la passion remonte à loin. Pourtant, Nathalie ne connaissait quasiment rien à la mécanique lorsqu’elle fit le choix de changer de vie à 46 ans. « Je m’étais fait plaisir six ans auparavant en m’offrant une MG. J’avais presque passé la journée à discuter avec le vendeur. Nous aurions pu continuer des heures entières. Tout est parti de là, de cette passion tardive pour les vieilles voitures. »

Maman de deux enfants, elle revient sur son parcours : « J’ai travaillé dans des grands groupes – Midas et Coca Cola notamment –, dans les services financiers et sur des projets internationaux. Un jour, j’ai eu envie de changement, de remettre de l’humain dans ma vie professionnelle, de faire des choses plus concrètes. Je ne me reconnaissais pas dans l’évolution de mon entreprise. J’ai pris cette décision au moment où on me proposait une évolution assortie d’une augmentation de salaire. » Après mure réflexion, Nathalie choisit finalement de saisir l’opportunité d’un plan social pour quitter le monde des sodas et réorienter sa vie.

 “Mon entourage ne m’a jamais prise pour une folle.

En réalité, tout avait basculé quelques jours auparavant quand son mari, de retour d’un salon rétro-expo, avait déposé sur la table un prospectus sur les formations proposées par le Conservatoire National des Véhicules Anciens (CNVA). Un clin d’œil du destin ? En le découvrant, Nathalie s’aperçoit que c’est l’évidence même. Elle se souvient : « Je n’ai pas eu le moindre doute, j’avais trouvé ce qu’il me fallait ! ». Après avoir négocié son départ, elle se lance dans cette formation de huit mois qu’elle complète dans la foulée par un CAP en mécanique, en candidate libre. 

Avec ce diplôme, elle sait qu’elle pourra ouvrir son garage par la suite. « Mon entourage ne m’a jamais prise pour une folle. Au contraire, j’ai été soutenue. Au CNVA, nous étions 4 femmes sur 60 stagiaires. Tout s’est très bien passé et nous n’avons jamais eu à subir de réflexions déplacées ou de moqueries. Par fortes chaleurs comme dans le froid, nous étions tous logés à la même enseigne. Étant issue de la finance, je me suis rapidement aperçue qu’il était tout à fait envisageable d’ouvrir mon propre garage. »

“J’ai investi toutes mes économies ainsi que l’argent touché en quittant Coca Cola.

La suite fut un peu plus compliquée. « Pas facile notamment de trouver un terrain. Ce type d’activité est considéré comme trop polluant. » Après de nombreuses recherches, elle finit par dénicher un espace adapté. L’aventure peut alors commencer. « Je suis partie de zéro. Je n’avais même pas une clé de douze, je me suis lancée. J’ai rapidement publié une annonce pour embaucher un mécanicien. Cette première recrue est toujours là, à mes côtés. »

Nathalie donne le coup d’envoi de son activité en 2020, en plein Covid ! « J’ai investi toutes mes économies ainsi que l’argent touché en quittant Coca Cola. » Aujourd’hui, cette experte en restauration confirme avoir trouvé sa voie. « Je pensais qu’à la retraite, j’irais acheter des véhicules au Canada et que je les réparerais. En fait, ce projet s’est réalisé beaucoup plus vite que prévu. » Non sans difficulté les premières années : « Ma priorité reste de payer mes salariés. Il m’arrive encore de faire des sacrifices. Je savais que financièrement, je n’aurais plus les mêmes revenus que chez Coca Cola mais je ne regrette pas mon choix. J’apprends tous les jours. On a une telle reconnaissance de nos clients ! Je dis “on’’ car j’associe mon équipe à ce résultat, je suis fière de ce qu’on fait ensemble. »

“Je travaille avec des gens passionnés pour des clients qui le sont tout autant.

Et sur le plan personnel ? « J’ai gagné une vraie liberté au quotidien. Je travaille avec des gens passionnés pour des clients qui le sont tout autant. Les métiers manuels ne sont toujours pas assez valorisés. Je suis d’une génération où on allait parfois vers la mécanique par défaut. Aujourd’hui, c’est un vrai choix. Il y a davantage de reconnaissance pour ces métiers. La preuve, on peine à recruter ! »

Et quand vient la question fatale, celle qui résume tout, la réponse de Nathalie ne tarde pas : « Oui, je suis super heureuse ! »

© Julien Boblin

Par Nicolas Pigasse.

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