Caroline Semin : Comment se forger une légitimité quand on est héritière ?

Si vous pensez que quelqu’un attend quelqu'un d’autre. Ce n’est pas grave. Imposez-vous et vous verrez bien.

L’Œil du coach Caroline Semin vue par Nadège Gomila. Nadège est une coach certifiée de la communauté Les Déviations. Elle a occupée pendant 15 ans à des postes de développement commercial dans l’industrie des parfums et cosmétiques. Aujourd’hui, elle accompagne les entrepreneurs et les professionnels en transition depuis 2019.

L’histoire de Caroline Semin est celle d’une quête de légitimité

Une quête probablement accentuée par le fait qu’elle porte l’héritage d’une famille. Mais qui concerne tous les entrepreneurs, héritiers ou créateurs, et même des professionnels non-entrepreneurs d’ailleurs. Elle touche tous ceux qui décident de se lancer dans quelque chose qui n’est pas leur premier domaine de compétence. Nous sommes donc très nombreux, en réalité, à passer par cette phase de questionnement.

Celle de Caroline va se traduire par un parcours initiatique inconscient qui commencera par le refus de reprendre l’entreprise de son père. Celle-ci s’achèvera par… le fait qu’elle reprenne l’entreprise de son père.

Tout ça pour ça ?, se demanderont certains. Certes, mais il est parfois important d’attendre, de s’égarer et d’évoluer avant de saisir, dans de meilleures conditions, les opportunités que vous tendait la vie depuis le début. Dès son plus jeune âge, des éléments émotionnels, sentimentaux, affectifs ont inconsciemment conditionné Caroline à prendre la voie de la reprise de l’entreprise familiale.

« J’ai grandi depuis toute petite avec l’entreprise. On a toujours beaucoup parlé boulot à la maison »

Mais elle n’est pas prête. Tout en aimant l’ambiance de l’usine, tout en entretenant une relation très affectueuse avec son père et une vraie proximité avec son univers, elle ne veut pas se faire enfermer dans cette perspective. Et ce, pour des raisons psychologiques très importantes qui touchent à la légitimité. En tant que femme dans un secteur économique très masculin. En tant qu’héritière d’un père respecté pour ses compétences, elle ne se sent pas légitime.

Caroline a un caractère fort. C’est une femme fière qui veut qu’on la voit comme un individu libre et indépendant et non comme une parvenue se laissant porter par la facilité. Peut-être se persuade-t-elle à tort d’être illégitime à prendre les rênes de l’entreprise alors que son père n’attend que cela.

Caroline va refuser de s’engager dans un schéma de réussite tout tracé

Peut-être, mais même si ça n’avait pas été le cas, il était absolument capital qu’elle règle cette question, qu’elle se débarrasse de cette gêne, de ce doute avant de passer à l’action. Faute de quoi, elle n’aurait probablement pas pu donner toute sa mesure dans ce qui est devenu son aventure professionnelle. Elle n’aurait, par exemple, probablement pas été assez à l’aise pour mettre en place toutes les initiatives RSE qui lui tenaient à cœur.

Elle va donc refuser de s’engager dans le schéma de réussite tout tracé que son père adorerait qu’elle emprunte pour partir en quête initiatique. Une quête incertaine, puisqu’elle n’avait pas l’intention, en l’entamant, de reprendre l’entreprise familiale.

Les choix de Caroline tendront à prouver qu’elle est maîtresse de sa vie

Alors Caroline va prendre un certain nombre de décisions qui n’obtiendront pas nécessairement les objectifs recherchés, mais elles tendront à prouver qu’elle est maîtresse de sa vie.

C’est ainsi qu’elle va décider de travailler dans un secteur diamétralement opposé à celui de son père : lui est dans l’industrie, elle ira dans un métier de service (la restauration). Lui est dans une PME enracinée sur un territoire local, elle va se passionner pour l’international. Son père accepte sans problème cette donne. Il démontre ainsi qu’il respecte le libre arbitre de sa fille. Même s’il lui inspire des choix qui ne vont pas dans son sens. Caroline Semin est indéniablement, à ses yeux, une adulte indépendante. Et c’est probablement ainsi qu’elle s’est convaincue que sa liberté serait respectée dans un environnement très marqué par l’empreinte de son père.

« Il y a une pression par rapport à mon nom, au poids de l’histoire, à l’entreprise familiale et au fait que je sois une femme »

Mais le sentiment de liberté n’est pas tout. Pour se sentir légitime, il fallait encore que Caroline se sente à sa place, utile, compétente. Surtout dans une entreprise où son père a très bien performé. Il l’a conduite de 12 employés à plus d’une centaine. Caroline a donc entrepris une acquisition méthodique des compétences nécessaires pour relever le défi de cette reprise.

« Je pense qu’en effet, il faut prouver qu’on a notre place et qu’on est aussi capable que quelqu’un d’autre, mais après c’est surtout une pression que je me suis mise à moi-même. »

Ce parcours a eu une utilité objective (apprendre le métier), mais aussi d’image. Si elle avait réglé son complexe de l’imposteur, elle savait qu’il fallait qu’elle se forge une légitimité aux yeux de tous. Encore une fois, Caroline est fière. Alors, elle ne voulait pas être vue comme une héritière qui ne devait sa place qu’à la filiation.

« Il y a une pression par rapport à mon nom, au poids de l’histoire, à l’entreprise familiale et au fait que je sois une femme. »

Une histoire qui peut parler à tous les entrepreneurs 

Le parcours de Caroline montre que nous avons parfois tendance à nous justifier trop par rapport aux stéréotypes et clichés de notre époque. Pour échapper au qu’en dira-t-on, on peut se compliquer grandement la vie, voire renoncer à des opportunités qui, pourtant, étaient faites pour nous et nous auraient permis de nous épanouir.

Heureusement, Caroline prouve qu’il est possible de déjouer ce piège. Elle a eu le courage de revenir sur sa décision initiale. Elle ne s’est pas entêtée à suivre la cohérence d’une histoire qui, comme toutes les histoires, passe forcément par des errements avant de trouver la bonne direction. Bref, si vous pensez que vous n’êtes pas attendue. Si vous pensez que quelqu’un attend quelqu’un d’autre. Ce n’est pas grave. Imposez-vous et vous verrez bien.

Autre élément à retenir de son parcours : entreprendre est une épreuve qui n’est pas à la portée de tous. Caroline, malgré une proximité rare avec la société qu’elle va reprendre, s’est retrouvée dans le cas de tous les entrepreneurs. Elle a fait face à de nombreuses surprises, au décalage qu’il y a entre sa vision et la réalité.

« Je ne me rendais pas compte à quel point c’était gros. Je ne me rendais pas compte du nombre de salariés et du montant du chiffre d’affaires »

Même quand on a l’impression qu’on connaît très bien un environnement, il y a toujours une part d’inconscience lorsqu’on se lance dans l’entrepreneuriat. Nous ne sommes pas toujours en capacité d’appréhender toute la dimension et toutes les conséquences de nos choix.

Pour faire face aux surprises qui ne manqueront pas de se produire, les compétences techniques, le goût pour le métier opérationnel qu’on a choisi ne suffisent pas. Il faut une vraie capacité à encaisser, à supporter le risque, l’aléa, à résister au stress.

Beaucoup de personnes que j’accompagne voient l’entrepreneuriat comme leur planche de salut parce qu’elles n’arrivent pas à s’épanouir dans leur poste actuel. En réalité, l’entrepreneuriat doit être un choix et non pas une solution de repli faute de mieux, car il est une épreuve.

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